​Portraits de JA

Arnaud, jeune éleveur de veaux sous la mère

Explique-nous comment on devient, à 26 ans à peine, éleveur de veaux sous la mère à Salies ?
Arnaud :
Je savais depuis tout petit que je reprendrai l’exploitation familiale, où travaillait mon père, donc je m’en suis donné les moyens et je me suis installé sitôt sorti de l’école. Après une formation d’ingénieur agricole à l’école de Purpan, je me suis engagé dans le parcours à l’installation, accompagné par la Chambre d’Agriculture.
J’ai racheté le troupeau de 45 mères Limousines à mon père, les 70ha de foncier sont en location et le matériel m’a été transmis. Je produis des céréales sur une moitié de la surface, et l’autre moitié est en prairies, pour les vaches, avec lesquelles je produis des veaux sous la mère, labellisés. Les veaux sont vendus à un abatteur avec qui j’ai l’habitude de travailler.

Comment s’est déroulée la construction de ton projet ?
A. :
J’avais l’idée de la reprise en tête depuis longtemps, et les réflexions ont vraiment commencé alors que j’étais encore à Purpan, il y a 2 ans maintenant. Après 6 mois de réflexions, les démarches ont vraiment commencé après mon diplôme avec le Plan de Professionnalisation Personnalisé, la formation du Plan Economique… Ces démarches ont pris un peu plus d’un an avant d’aboutir à mon installation en janvier dernier.
C’est un délai qu’il faut anticiper quand on veut s’installer : les dossiers prennent du temps, ils sont compliqués et il y a des contraintes. Mais c’est un dispositif qui en vaut la peine, en particulier dans mon cas. Je m’installais éleveur en zone de piémont, avec un label de qualité, étant adhérent en CUMA, j’étais un profil tout à fait adapté pour ce type de dossier. Mais il suffit d’en être conscient  dès le début et tout se passera bien !

Que retiens-tu de ta formation ?
A. :
Bien sûr, ma formation à Purpan ne m’a pas appris à réagir quand une vache rencontre des difficultés à vêler, ou ne m’a pas appris les points techniques que j’ai acquis par l’expérience… Mais pendant mes 5 années de formation, j’ai acquis une ouverture d’esprit et une curiosité indispensable dans mon métier. Pendant ma formation, j’ai réalisé des séjours et des stages en Pologne et au Canada. Ces séjours sont indispensables pour s’ouvrir l’esprit : l’idée est simple, c’est d’aller voir ailleurs ce qui se fait, comment et pourquoi. C’est avec cette curiosité et cette envie d’apprendre que nous pourrons, nous les jeunes générations d’agriculteurs, faire avancer et faire évoluer l’agriculture française en même temps qu’évolue la société qui nous entoure.
C’est pour ces raisons que je conseillerai à tout jeune porteur de projet qui souhaite se lancer de prendre un temps pour lui, pour voyager, pour aller voir ailleurs ce qui se fait. Et cette étape, il faut la faire avant de s’installer, parce qu’après c’est trop tard, on ne peut plus trouver le temps. Prendre le temps d’aller voir d’autres exploitations, en France mais aussi à l’étranger, est pour moi fondamental pour s’ouvrir l’esprit au maximum.

Quels autres conseils donnerais-tu aujourd’hui à un jeune porteur de projet qui cherche à s’installer ?
A. :
Qu’il ne faut surtout pas se laisser abattre et se laisser décourager par tout ce qu’on entend et tout ce qu’on lit, par les difficultés qu’on peut rencontrer.
Par exemple, la recherche du foncier, un élément qui ralentit souvent les projets d’installation. Même si je n’ai pas été trop concerné par ce problème, il me semble qu’il est important de ne pas se laisser freiner dans son projet par la recherche du « terrain parfait ». Pour moi, la réflexion sur les circuits de commercialisation est à privilégier, plutôt que de perdre du temps à rechercher un terrain avec une liste interminable de critères de sélection : une maitrise parfaite de ses débouchés permettra de contrebalancer les points faibles liés au foncier, du moins en partie.

Il ne faut pas non plus se laisser décourager par les règlementations qui évoluent constamment et rapidement. Il est vrai que nous avons de plus en plus de contraintes et de lois qui règlementent nos activités au quotidien. Mais nous ne sommes pas la seule profession dans ce cas ! Les artisans ou les commerçants, par exemple, sont eux aussi soumis à tout un ensemble de règles, pour l’accueil du public, la sécurité, les matières premières…
Notre métier est de produire l’alimentation de nos concitoyens. Il me semble qu’étant donné que c’est leur argent qui finance les différents dispositifs d’aides et d’accompagnement qui nous entourent, il est juste que les consommateurs aient un droit de regard sur le produit qui va finir dans leur assiette.

Ce qui est le plus important à mon sens, c’est ma liberté quotidienne : je me lève le matin, avec la liberté de choisir ce que je vais faire dans ma journée. Et cette liberté pour moi, n’a pas de prix… Parce que j’ai comparé avec mes autres collègues de promotion, et de loin, c’est moi qui ait le plus beau bureau de tous !