​Portraits de JA

Parrainer des vaches pour sauver l'élevage de Ludovic

En février 2017, Ludovic a lancé un appel aux dons via la plateforme Miimosa pour assurer le futur de son exploitation. 

Peux-tu nous retracer en quelques mots le parcours qui t’a conduit à Miimosa ? 
Ludovic : Bac Pro et BTS en poche, je me suis installé il y a 3 ans, à tout juste 23 ans, et je suis éleveur de vaches allaitantes de race Blonde d’Aquitaine. Mon père partait à la retraite, et je ne pouvais pas laisser disparaitre la ferme familiale, un élevage traditionnel transmis de génération en génération. J’avais en particulier à cœur de préserver un savoir-faire caractéristique du sud-ouest : le veau sous la mère.
Malheureusement, la réalité a très rapidement rattrapé mon rêve, alors même que mon installation n’était encore qu’un projet. Avec la mise en place de la Loi d’Avenir début 2014, j’ai dû repousser ma date d’installation de quelques mois, ce qui a entrainé quelques difficultés pour le départ en retraite de mon père et la transmission de l’activité. Ensuite, en juillet 2014, alors que je venais tout juste de m’installer, nous avons essuyé une tempête de grêle qui a endommagé les bâtiments et entrainé la perte de 80% de mes récoltes. Avec un troupeau de plus en plus vieillissant, les investissements liés à la reprise et aux réparations de ces dégâts et la crise agricole qui a suivi à partir de 2015, toutes mes économies ont disparu dans le manque à gagner.
Après de longs mois à batailler pour arriver à redresser la situation sans me laisser abattre, j’ai mis en place en février dernier une campagne de financement participatif sur Miimosa, pour collecter des dons afin d’agrandir et de renouveler mon troupeau rapidement et d’assurer la viabilité de ma ferme. 

Comment s’est passée la collecte sur la plateforme ? 
L. : De façon très surprenante et inespérée ! Pour la mise en ligne du projet, nous sommes aidés par des conseillers de Miimosa, notamment pour chiffrer la somme à collecter, ou pour imaginer les contreparties. Mon objectif est d’acheter 25 vaches et génisses d’ici 2018, ce qui représente un investissement de 30 000€. J’espérais collecter par Miimosa 20% de cette somme, donc 6 000€. Pour les contreparties, j’avais imaginé des paniers garnis, des visites de mon exploitation, des initiations au métier d’éleveur et le parrainage de mes vaches. Début 2017 j’étais prêt à mettre le projet en ligne, ce que j’ai fait pile au moment du Salon de l’Agriculture. Les médias parlent énormément d’agriculture à cette période-là, et je voulais profiter de ce pic de communication. Et j’ai bien fait, puisqu’une fois le projet mis en ligne, la Dépêche du Midi a relayé mon appel aux dons en écrivant un article de presse. RTL en a entendu parler, une émission radio a été diffusée sur les ondes nationales justement pendant le salon. Les partages et le nombre de contributeurs ont rapidement explosé en quelques jours : mon projet en faisait buguer le site internet ! Mi-mars, à la fin de la collecte, j’avais atteint 222 contributeurs et collecté 300% de la somme que j’avais espéré, soit plus de 18 000€. Le buzz par les médias y est pour beaucoup, puisque 50% de cette somme provient des cercles de proches (famille et amis de la famille), et les 50% restants viennent d’inconnus, ce qui est beaucoup. Des gens de toute la France ont souhaité m’aider, certains en refusant les contreparties. J’ai aussi reçu énormément de messages de soutien de personnes que je ne connaissais pas du tout ! Il y a même des personnes végétariennes qui ont participé, juste par volonté de me soutenir et de me permettre de continuer à faire vivre mon projet et ma passion…

4 mois après, quel bilan tires-tu de cette expérience ? 
L. : Mes trois premières années d’installation, entre la tempête, la crise agricole et cette expérience de financement collaboratif, tout cela a été pour moi très formateur. Ce qui m’a le plus marqué est l’engouement de personnes totalement étrangères à la région et au monde agricole pour mon projet. Quand j’ai lancé l’appel aux dons, je n’y croyais pas vraiment. J’espérais collecter 60% des 6 000€ demandés, surtout à partir de mes proches et des connaissances, parce que je ne comprenais pas en quoi mes problèmes allaient intéresser des inconnus. Et pourtant, en quelques semaines, je me suis construit tout un nouveau réseau, j’ai pu échanger avec énormément de personnes qui me faisaient part de leur soutien, et c’est très valorisant et encourageant. Bien sûr, il y a le côté financier puisque je repars avec une somme que je n’espérais pas, mais j’ai surtout eu une expérience humaine à laquelle je ne m’attendais pas du tout ! 
Même si la communication autour de mon projet a été dans l’ensemble très positive, il y a quand même un petit bémol : des associations anti-élevage ont profité de cette publicité pour faire leur propre propagande, avec des termes très agressifs, ce qui est très dommage car cela ne reflète pas du tout mon activité et mon exploitation.

Conseillerais-tu l’expérience du financement participatif à quelqu’un d’autre ? 
L. : Bien sûr ! Comme je l’ai dit, au-delà de la collecte financière, l’aspect humain a été très important pour moi. Je pense que c’est une très bonne expérience, pour monter un projet ou en cas de difficultés financières comme moi. Par contre, avant de se lancer, il faut bien réfléchir à la gestion de son temps pendant et surtout après la collecte.
Pendant la collecte, parce que je prenais le temps de répondre à chaque personne qui contribuait ou qui m’envoyait un message de soutien. Et avec plus de 200 contributeurs, ça représente vite beaucoup de mails… Et après la collecte, parce que la vie sur l’exploitation continue, surtout au printemps pour les cultures. J’ai déjà reçu beaucoup de visiteurs, et je dois m’occuper des paniers garnis. Je reçois toujours beaucoup de messages, et ce n’est pas facile de répondre à tous. Beaucoup me posent des questions sur la ferme, sur les contreparties, changent d’avis et veulent autre chose, certains se sont trompés… Je n’avais pas complètement anticipé que tout ça demanderait autant de temps pour gérer, et il faut donc en être bien conscient et être vigilant au moment de réfléchir aux contreparties. 

Quels sont maintenant tes projets pour la suite ? 
Grâce aux dons, j’ai acheté en mai ma première vache. D’autres vont arriver d’ici la fin du mois de juillet. La stabulation est en cours de construction et doit être finie avant le mois de septembre, pour que je puisse y rentrer mes animaux. Ces derniers mois m’ont demandé beaucoup de travail mais m’ont permis de réfléchir à de nouveaux projets. Aujourd’hui, je vends mes veaux à la Ferme du Lauragais. Mais grâce à tout le réseau que j’ai découvert via cet appel aux dons, je sais maintenant que si un jour je veux réfléchir à mettre en place un peu de vente directe, ce serait possible beaucoup plus facilement que ce que j’aurais pu croire !
A court terme, d’ici la fin de l’année, je souhaite développer de plus en plus l’accueil et les visites de ma ferme, notamment en adhérant au réseau Bienvenue à la Ferme. Mon objectif plus tard est de mettre en place une ferme pédagogique. On ne montre pas assez aujourd’hui aux enfants ce que c’est que le métier d’éleveur. On leur explique que c’est un métier difficile, pénible et fatigant. Pourtant, il existe des solutions avec les nouvelles technologies. Par exemple, j’ai conçu un système de caméra de vidéosurveillance pour observer le bon déroulement des vêlages dans l’étable, et je compte à terme investir dans un SmartVel pour m’aider à gérer les vêlages. C’est vrai que c’est un coût, mais je n’ai plus besoin de me lever la nuit pour vérifier si la vache se porte bien ! Pour la vie personnelle des éleveurs, c’est un vrai confort. C’est tout cela que je veux partager avec les autres, et en particulier avec ces enfants qui ont une mauvaise représentation de l’agriculture.

Aujourd’hui plus que jamais, il est important de communiquer sur ce que nous faisons,
​parce que nous sommes les mieux placés pour parler de notre quotidien !


​Arnaud, jeune éleveur de veaux sous la mère

Explique-nous comment on devient, à 26 ans à peine, éleveur de veaux sous la mère à Salies ?
Arnaud :
Je savais depuis tout petit que je reprendrai l’exploitation familiale, où travaillait mon père, donc je m’en suis donné les moyens et je me suis installé sitôt sorti de l’école. Après une formation d’ingénieur agricole à l’école de Purpan, je me suis engagé dans le parcours à l’installation, accompagné par la Chambre d’Agriculture.
J’ai racheté le troupeau de 45 mères Limousines à mon père, les 70ha de foncier sont en location et le matériel m’a été transmis. Je produis des céréales sur une moitié de la surface, et l’autre moitié est en prairies, pour les vaches, avec lesquelles je produis des veaux sous la mère, labellisés. Les veaux sont vendus à un abatteur avec qui j’ai l’habitude de travailler.

Comment s’est déroulée la construction de ton projet ?
A. :
J’avais l’idée de la reprise en tête depuis longtemps, et les réflexions ont vraiment commencé alors que j’étais encore à Purpan, il y a 2 ans maintenant. Après 6 mois de réflexions, les démarches ont vraiment commencé après mon diplôme avec le Plan de Professionnalisation Personnalisé, la formation du Plan Economique… Ces démarches ont pris un peu plus d’un an avant d’aboutir à mon installation en janvier dernier.
C’est un délai qu’il faut anticiper quand on veut s’installer : les dossiers prennent du temps, ils sont compliqués et il y a des contraintes. Mais c’est un dispositif qui en vaut la peine, en particulier dans mon cas. Je m’installais éleveur en zone de piémont, avec un label de qualité, étant adhérent en CUMA, j’étais un profil tout à fait adapté pour ce type de dossier. Mais il suffit d’en être conscient  dès le début et tout se passera bien !

Que retiens-tu de ta formation ?
A. :
Bien sûr, ma formation à Purpan ne m’a pas appris à réagir quand une vache rencontre des difficultés à vêler, ou ne m’a pas appris les points techniques que j’ai acquis par l’expérience… Mais pendant mes 5 années de formation, j’ai acquis une ouverture d’esprit et une curiosité indispensable dans mon métier. Pendant ma formation, j’ai réalisé des séjours et des stages en Pologne et au Canada. Ces séjours sont indispensables pour s’ouvrir l’esprit : l’idée est simple, c’est d’aller voir ailleurs ce qui se fait, comment et pourquoi. C’est avec cette curiosité et cette envie d’apprendre que nous pourrons, nous les jeunes générations d’agriculteurs, faire avancer et faire évoluer l’agriculture française en même temps qu’évolue la société qui nous entoure.
C’est pour ces raisons que je conseillerai à tout jeune porteur de projet qui souhaite se lancer de prendre un temps pour lui, pour voyager, pour aller voir ailleurs ce qui se fait. Et cette étape, il faut la faire avant de s’installer, parce qu’après c’est trop tard, on ne peut plus trouver le temps. Prendre le temps d’aller voir d’autres exploitations, en France mais aussi à l’étranger, est pour moi fondamental pour s’ouvrir l’esprit au maximum.

Quels autres conseils donnerais-tu aujourd’hui à un jeune porteur de projet qui cherche à s’installer ?
A. :
Qu’il ne faut surtout pas se laisser abattre et se laisser décourager par tout ce qu’on entend et tout ce qu’on lit, par les difficultés qu’on peut rencontrer.
Par exemple, la recherche du foncier, un élément qui ralentit souvent les projets d’installation. Même si je n’ai pas été trop concerné par ce problème, il me semble qu’il est important de ne pas se laisser freiner dans son projet par la recherche du « terrain parfait ». Pour moi, la réflexion sur les circuits de commercialisation est à privilégier, plutôt que de perdre du temps à rechercher un terrain avec une liste interminable de critères de sélection : une maitrise parfaite de ses débouchés permettra de contrebalancer les points faibles liés au foncier, du moins en partie.

Il ne faut pas non plus se laisser décourager par les règlementations qui évoluent constamment et rapidement. Il est vrai que nous avons de plus en plus de contraintes et de lois qui règlementent nos activités au quotidien. Mais nous ne sommes pas la seule profession dans ce cas ! Les artisans ou les commerçants, par exemple, sont eux aussi soumis à tout un ensemble de règles, pour l’accueil du public, la sécurité, les matières premières…
Notre métier est de produire l’alimentation de nos concitoyens. Il me semble qu’étant donné que c’est leur argent qui finance les différents dispositifs d’aides et d’accompagnement qui nous entourent, il est juste que les consommateurs aient un droit de regard sur le produit qui va finir dans leur assiette.

Ce qui est le plus important à mon sens, c’est ma liberté quotidienne : je me lève le matin, avec la liberté de choisir ce que je vais faire dans ma journée. Et cette liberté pour moi, n’a pas de prix… Parce que j’ai comparé avec mes autres collègues de promotion, et de loin, c’est moi qui ait le plus beau bureau de tous !


Sébastien, passionné de génétique

Sébastien, peux-tu nous expliquer comment on en vient à participer à des concours de génisses ?
J’ai été pris du virus de la génétique et des concours il y a 4 ou 5 ans, lors d’un stage chez un éleveur. C’était bien avant mon installation, puisque je suis entré en GAEC avec mon père en 2014. Nous avons un troupeau de 70 mères Prim’Holstein, et nous exploitons 165ha en grandes cultures.
Depuis, je travaille au quotidien, notamment en travaillant sur le choix des reproducteurs et des embryons, sur la génétique de mon troupeau, pour avoir des vaches qui une belle morphologie, qui sont en bonne santé, qui vivent longtemps et produisent du bon lait : bref, les vaches laitières que nous voulons demain pour nos exploitations !
Et ensuite, je mets à profit ce travail en amenant régulièrement des génisses à des concours locaux, régionaux et nationaux.

Peux-tu nous parler de ces génisses et de ton dernier concours ?
Sur l’exploitation, nous avons une histoire récente de sélection génétique : en 2013, nous avons acquis la famille de Roxy, les Rae, qui ont une capacité à bien vieillir, produire du lait et gagner en concours. En mars dernier, le public avait rencontré Inna-Rae, qui avait fini 3e de sa section lors du concours de Saint-Etienne en 2013. Cette année, je suis allé au concours national français de génisses de Saint-Etienne avec Lirina-Rae, la nièce d’Inna-Ra, et Liva-Rae, la fille de Inna-Rae. Elles ont toutes les deux gagné leur section, puis ensuite dans le championnat Lirina a fait Mention Senior et Liva Championne Junior. Cette classification m’a permis d’accéder avec Lirina-Rae à la vente aux enchères à l’occasion du championnat d’Europe qui a eu lieu à Colmar. La mère de Lirina (Irina-Rae) était également pré-sélectionnée pour faire partie de l’équipe de France pour ce championnat d’Europe, soit dans les 140 meilleures vaches françaises du moment, sachant qu’ils en présentent 15 par pays.

Comment prépares-tu tes génisses aux concours ?
D’abord, il faut que les génisses soient habituées à la douche et à la tonte, pour que la phase de préparation se passe au mieux, et à la marche au licol, pour le moment du défilé. C’est un travail de fond qui se prépare avant le concours.
Les génisses sont amenées sur les lieux du concours 2 à 3 jours avant, soit par moi-même (en van ou petite bétaillère), soit en transport organisé. La tonte a lieu entre 4 et 1 jour avant le concours, pour assurer une longueur de poils parfaite. On fait ensuite le clippage, qui consiste à relever les poils sur la ligne du dos. La douche et les produits de beauté permettent de lustrer le poil.

Quels sont les critères qui permettent de noter et de classer ?
95% de la notation est liée à la morphologie, et le reste est qualitatif et concerne l’attitude, la beauté, le côté tape-à-l'œil des animaux : une génisse au poil noir très brillant frappera davantage le jury qu’une blanche mal tondue !
Pour ce qui est de la morphologie, les critères sont les mêmes que ceux qui nous orientent dans la sélection génétique du troupeau. Il y a d’abord les pattes qui doivent être bien droites, pour éviter les boiteries ou les accidents en se déplaçant dans les champs. Le dos aussi doit être bien droit et tendu, puisqu’une cambrure de la colonne sera mauvais pour le vieillissement de l’animal. Le bassin doit être large, un peu incliné voire même droit, pour que la vache soit capable de vêler seule et dans de bonnes conditions. L’avant doit être puissant et les côtes bien arquées afin que la vache puisse ingérer un maximum de fourrages.

Et pour finir, peux-tu nous expliquer pourquoi tu participes fréquemment à ces concours ?
Ce n’est pas pour l’aspect financier, parce qu’il n’y en a pas, à part sur la phase des ventes aux enchères. Mes participations imposent pourtant un important sacrifice, celui d’être prêt à partir loin et pour plusieurs jours. Je participe donc pour 2 raisons. La première est la possibilité de retombées sur la renommée de l’exploitation. Plus une famille est connue, plus l’exploitation est réputée pour la qualité de son travail génétique de sélection, et donc pour la qualité de ses reproducteurs et de ses embryons, et peut ainsi espérer des ventes.
Et ensuite, c’est bien sûr pour l’ambiance de ces journées, les échanges avec les éleveurs et les connaissances très pointues qui découlent de ces échanges, que je peux ensuite ré-utiliser sur ma propre exploitation !